La France, mauvaise élève en matière d’énergies renouvelables

Par Anaïs Hollard , le 25 janvier 2024 — transition écologique - 4 minutes de lecture
Parc éolien offshore de Saint-Nazaire

© Sebastien SALOM-GOMIS/SIPA

La publication ce jeudi 25 janvier 2024 du baromètre 2023 des énergies renouvelables électriques en France par Observ’ER est l’occasion de faire le point sur les (minces) avancées hexagonales en la matière. Quid de l’évolution des EnR en France en 2023 ?

La France pas à la hauteur de ses responsabilités en matière d’EnR

Comme on pouvait s’y attendre, en cette rentrée 2024, le bilan est à la peine en matière d’énergies renouvelables. En effet, à rebours des objectifs climatiques et européens, la France reste en retard dans le déploiement du solaire et de l’éolien, les deux principales sources d’essor de l’électricité verte, et ce malgré un net boum du photovoltaïque. Fin septembre 2023, l’Hexagone affichait environ 70 GW d’installations électriques renouvelables, parmi lesquelles près de 37 % des barrages hydrauliques, construits il y a des dizaines d’années. Viennent ensuite l’éolien, avec seulement 22,5 GW, et le solaire photovoltaïque qui compte pour 19 GW.

En 2023, le Pays est donc parvenu à faire encore moins bien qu’en 2022, en comptant 4,5 gigawatts (GW) de capacités nouvelles raccordées, contre 5,3 GW l’année précédente (alors même que la France est déjà en retard sur ses objectifs). C’est en tout cas ce que démontre le baromètre 2023 des énergies renouvelables électriques en France par Observ’ER, réalisé pour le compte de la FNCCR et de l’Ademe

Si la France est parvenue à dépasser les 28 % de part des énergies renouvelables dans sa consommation d’électricité en 2022, l’objectif était initialement fixé à de 27 % pour 2020. Une proportion encore bien loin des 40 % d’EnR électriques visés à fin 2030. Côté puissance installée, pour atteindre les objectifs actuels de 33,2-34,7 GW à fin 2028, il faudrait doubler le rythme de déploiement, à 2 GW par an.

« La France n’est pas à la hauteur de ses responsabilités en matière d’énergies renouvelables », affirme Vincent Jacques le Seigneur, président d’Observ’ER. « Nous ne serons pas à 40 % d’ici 2030, malgré toutes les initiatives sur le terrain. Pourtant, nous n’avons pas des objectifs inatteignables. La preuve avec nos voisins : en Allemagne, la proportion des EnR électriques est de 52 %. Au Portugal, elle est de 61 % et l’Espagne a dépassé les 50 % ».

Énergies renouvelables en France : quels sont les freins ?

Le rapport d’Observ’ER souligne que « malgré ses ambitions, la filière éolienne terrestre est fébrile. Le contexte de développement n’a pas évolué en 2023 et le secteur reste entravé par des lourdeurs administratives et réglementaires qui l’empêchent de s’inscrire pleinement dans sa feuille de route ». Le Pays a pourtant adopté en 2023 une loi d’accélération des énergies renouvelables, censée notamment lever un certain nombre de freins administratifs. Mais « onze mois plus tard, on attend toujours des décrets d’application », a déploré Richard Chamaret, de la FNCCR et président de Territoire d’énergie Mayenne.

Du côté de l’énergie solaire, si on note un net redressement, celui-ci tient davantage aux installations sur les grandes toitures et l’autoconsommation des particuliers, artisans, entreprises et collectivités, qu’aux très grandes installations (1 MW et plus) pour lesquelles le rythme est quant à lui « beaucoup plus erratique », pointe le rapport.

Vincent Jacques Le Seigneur, président de l’association Observ’ER, s’est dit « inquiet » face aux « derniers signaux » envoyés par le gouvernement : la disparition du ministère dédié à l’Energie lors du remaniement de la mi-janvier, la transmission à la Commission européenne d’un plan énergie climat sans objectifs chiffrés pour les renouvelables, mais incluant le nucléaire

Malgré le rappel à l’ordre formulé par Bruxelles à la suite du manquement de la France à ses objectifs en matière d’énergies renouvelables en 2020, il semblerait que le Pays des lumières soit encore loin du compte.

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Anaïs Hollard

Captivée par les sujets liés à l’énergie, Anaïs a longtemps collaboré avec de grands acteurs du secteur, avant de choisir la voie de l’indépendance, en tant que journaliste web. Aujourd’hui, elle continue de délivrer son expertise en matière d’énergie et de transition écologique. Ses passions : la lecture, l’écriture (forcément) et les DIY créatifs !

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