Les NGT, nouveaux OGM : progrès ou danger ?

Par Gaëlle Coudert , le 14 février 2024 — transition écologique - 6 minutes de lecture
Nouveaux OGM

Une manifestation a organisée devant le Parlement européen, le 6 février 2024, contre les nouveaux OGM, Crédit photo : FREDERICK FLORIN/AFP

La question des OGM est revenue au cœur des débats après le vote du Parlement européen le 7 février, ouvrant la voie à des règles moins contraignantes pour les NGT, « nouveaux OGM ». On fait le point sur les risques soulevés par de nombreuses ONG.

Mercredi 7 février 2024, le Parlement européen a voté pour l’assouplissement des règles concernant les NGT ou NTG (Nouvelles Techniques Génomiques), ces nouveaux OGM (Organismes Génétiquement Modifiés). Pour rappel, pour obtenir des OGM, un gène extérieur est intégré dans le génome de l’organisme. Avec les NGT, les modifications sont plus précises, grâce à l’utilisation d’une technologie avancée.

L’objectif du texte européen est d’exempter une partie des variétés issues des NGT de certaines des règles encadrant les OGM (procédure d’autorisation, études d’impact sanitaire, traçabilité, étiquetage…). Plus précisément, les NGT de catégorie 1, ou NGT-1, c’est-à-dire les variétés de végétaux ayant subi moins de 20 modifications de leur génome, considérées comme des végétaux classiques, pourraient faire l’objet de procédures simplifiées. Les NGT-2 (ayant subi plus de 20 modifications génétiques) devraient, quant-à elles, rester soumises à des règles plus strictes. 

Le Parlement a voté pour cet assouplissement par 307 voix pour, 263 contre et 41 abstentions. Pour être appliqué, le texte devra aussi être validé par les États membres, qui n’ont, pour le moment, pas réussi à se mettre d’accord, certains pays étant réticents au développement des NGT. 

La rapporteure du texte, Jessica Polfjärd (Parti Populaire Européen – Suède), s’est, elle, réjouie de ce vote. « Les NGT sont essentielles pour renforcer la sécurité alimentaire en Europe et rendre notre production agricole plus verte. Les nouvelles règles permettront le développement de variétés végétales améliorées qui peuvent garantir de meilleurs rendements, qui résistent aux aléas climatiques ou qui nécessitent moins d’engrais et de pesticides. J’espère que les États membres arrêteront bientôt leur position, afin que nous puissions adopter les nouvelles règles avant les élections européennes et donner aux agriculteurs les outils dont ils ont besoin pour la transition écologique », a-t-elle déclaré .

Des avis divergents

Sur X (ex-Twitter), l’eurodéputé Pascal Canfin (RENEW) a lui aussi salué l’adoption de ce texte, présenté comme « une nouvelle solution pour nos agriculteurs », soulignant que les NGT concernées seront utilisés « uniquement pour réduire les pesticides ou s’adapter au changement climatique ». 

C’est en effet le rôle qu’attribuent certains scientifiques aux NGT. Dans une lettre ouverte publiée au mois de janvier, 1500 scientifiques et 37 prix Nobel appelaient au développement des NGT pour répondre à l’urgence écologique.

Mais tous ne sont pas aussi enthousiastes. D’autres scientifiques ont appelé, au contraire, l’Europe à appliquer le principe de précaution et ont notamment souligné l’absence de fondement scientifique permettant de différencier des NGT sur la base du nombre de mutations subies. Par ailleurs, de nombreuses associations, dont les Amis de la Terre, Générations Futures, Greenpeace, Pollinis, ou encore la Confédération Paysanne dénoncent fermement le développement des NGT, qui présentent, selon eux, les mêmes risques pour l’environnement que les OGM classiques. Dans une tribune publiée dans Le Monde il y a quelques mois, dix ONG explicitaient les raisons pour lesquelles elles s’opposent à l’autorisation d’organismes génétiquement modifiés de nouvelle génération. Plusieurs d’entre elles ont aussi appelé à la mobilisation la veille du vote du Parlement, le 6 février 2024, « pour demander aux parlementaires de rejeter ce projet de règlement ». 

À la suite du vote du Parlement européen, Greenpeace a rappelé sa position en soulignant que la déréglementation des nouveaux OGM risque, contrairement à l’objectif affiché, d’aggraver encore la situation des agriculteurs. « Les membres du Parlement européen ont manqué à leur devoir de protéger la santé des citoyens, l’environnement et l’avenir de l’agriculture européenne, a regretté Ariane Malleret, chargée de campagne Agriculture à Greenpeace France. Les agriculteurs européens paieront le prix fort en devenant encore plus dépendants d’un petit nombre de semenciers. Pire, les semenciers pourront même poursuivre en justice les agriculteurs si leurs cultures sont contaminées de manière fortuite par ces plantes brevetées. Par ailleurs, il n’existe pas de preuve crédible quant à la résistance des nouveaux OGM aux effets du changement climatique. Cette déréglementation mettrait également en péril les vraies solutions pour faire face à la crise climatique et à l’effondrement de la biodiversité, comme le développement de l’agriculture biologique et l’agroécologie. » 

Pour Charlotte Labeuge, chargée de campagne chez Pollinis, le texte voté par le Parlement le 7 février est « dangereux et liberticide » car « il permettrait d’affirmer sans l’avoir jamais vérifié que ces nouveaux OGM sont sans risque pour la santé et l’environnement ».

Ainsi, parmi les raisons pour lesquelles les ONG s’opposent à l’introduction des NGT, on trouve notamment :

👩‍🔬 L’absence d’évaluation des risques sanitaires et environnementaux et de recul au vu des connaissances scientifiques limitées sur le sujet ;

🏭 La mise en place en Europe d’un modèle agricole industriel qui dépendra non plus seulement d’intrants chimiques, mais également d’intrants génétiques, au détriment de l’agriculture paysanne ;

🌱 Une utilisation qui pourrait favoriser l’usage de pesticides ;

🐝 La contamination des cultures bio, forcément touchées du fait de la propagation par les pollinisateurs des semences modifiées.

Surtout, un autre modèle existe, basé sur l’agroécologie paysanne et l’agriculture bio expliquent les ONG, notamment France Nature Environnement. Un modèle qui ne pourrait survivre à la prolifération massive des OGM, même « nouveaux ».

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Gaëlle Coudert

Ancienne avocate parisienne reconvertie en journaliste basée dans les Pyrénées-Atlantiques, Gaëlle s’est spécialisée sur les sujets liés à l'écologie. Elle a cofondé le magazine basque Horizon(s), a été rédactrice en chef d'ID, l’Info Durable et rédige aujourd’hui des articles pour divers médias engagés dont Deklic. Ses passions : le sport (surf, yoga, randonnée) et la musique (guitariste et chanteuse du groupe Txango)

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