83 ours bruns dans les Pyrénées en 2023, un record qui cache une « bombe génétique »

Par Charlotte Combret , le 3 avril 2024 - 4 minutes de lecture
Ours brun

Ours brun. Crédit : Sergen Sezgin / Anadolu / AFP

L’Office français de la biodiversité (OFB) et le Réseau Ours brun (ROB) ont publié mardi 2 avril leur rapport annuel pour l’année 2023. Les données indiquent une nouvelle croissance de la population d’ours brun dans les Pyrénées, avec 83 individus recensés et seize naissances au cours de cette période. Un bilan en apparence positif pour l’espèce qui soulève en réalité d’importants problèmes de consanguinité, d’après des associations spécialisées.

Jamais autant d’ours n’ont été observés dans les Pyrénées, depuis leur réintroduction dans les années 1990. 83 plantigrades, c’est sept de plus qu’en 2022, année déjà record. Des chiffres à première vue très encourageants alors que l’espèce menaçait de disparaître de la chaîne montagneuse.

Au cours de l’année, la population locale d’ursidés a principalement été observée dans les Pyrénées centrales, du côté de l’Ariège, la Haute-Garonne et la Catalogne espagnole. Huit individus ont également été localisés dans la partie occidentale du massif, à cheval entre le Béarn, l’Aragon et la Navarre. Parmi eux : Sorita, l’une des deux ourses slovènes réintroduite sur le territoire en 2018. Les Hautes-Pyrénées comptent a priori sept ours, dont Cannellito, le fils de Cannelle, dernière ourse de souche pyrénéenne tuée par un chasseur en 2004.

C’est l’OFB, en charge d’assurer le suivi annuel de la population d’ours brun présente sur la chaîne pyrénéenne – par le biais du Réseau Ours Brun – à la demande du Ministère de la Transition Écologique et de la Cohésion des Territoires, qui fait état de ces estimations. Elles résultent d’un travail d’analyse d’images réalisées par différents appareils automatiques fixes, ainsi que d’analyses génétiques de poils, d’excréments, etc. 

Une consanguinité croissante 

Mais pour de nombreuses associations, le rapport annuel du ROB occulte ce qui devient « la question essentielle pour l’avenir de l’ours dans les Pyrénées » : la consanguinité croissante. « Tous les oursons nés en 2023 sont concernés, comme la quasi-totalité des ours présents. Certains sont les produits de parents et de grands-parents déjà eux-mêmes consanguins » préviennent-elles dans un communiqué publié le même jour. Sans intervention, la diversité génétique se dégrade et les espoirs d’amélioration disparaissent progressivement, s’alarment les spécialistes de l’espèce, si bien que l’association Pays de l’Ours parle même de « bombe génétique ». 

Les ONG expliquent qu’actuellement, la population d’ours des Pyrénées repose très largement sur deux femelles : Caramelle et Hvala. « Et du côté des mâles, c’est pire : plus de 85% des individus nés depuis 1996 sont les descendants d’un mâle : Pyros. »

« Qui peut sérieusement prétendre reconstituer une population viable avec 2-3 femelles et 1 mâle ? » se demandent les associations avant de plaider pour le remplacement immédiat des ours morts de cause humaine – conformément à l’engagement pris par l’État -, l’actualisation de l’étude sur la viabilité de la population d’ours des Pyrénées ou encore la création d’un Comité Scientifique Ours indépendant.

À lire aussi : 

À cause du réchauffement climatique, les ours de Sibérie n’hibernent plus

Ours polaires : portrait émotionnel de ces géants du royaume des glaces par Florian Ledoux

Charlotte Combret

Issue d’une grande école de commerce, Charlotte délaisse rapidement les open spaces parisiens pour s’engager dans la voie de l’indépendance. Son désir de lier pédagogie et poésie la conduit à devenir journaliste rédactrice, dans les Landes, pour des entreprises et médias engagés. Ses passions : le cinéma animalier, les voyages en train, les lectures féministes et les jeux de mots en tout genre.

Voir les publications de l'auteur