Paris, campagne et montagne : où sont les passoires thermiques ?

Par William Buzy , le 25 janvier 2024 — transition écologique - 7 minutes de lecture
Immeubles parisiens

Immeubles anciens parisiens, Crédit photo : Magali Cohen/Hans Lucas via AFP

Alors que les logements énergivores sont progressivement interdits à la location, Deklic a classé les coins de France qui comptent le plus de passoires thermiques. Et a cherché à comprendre pourquoi.

C’est une mesure qui n’avait pas bonne presse. En 2021, alors que la loi climat prévoyait d’interdire progressivement à la location les passoires thermiques, seuls 30 % des propriétaires bailleurs se déclaraient prêts à rénover les logements concernés. Les autres entendaient vendre, laisser les logements vacants, voire se mettre hors-la-loi. Deux ans plus tard, au 1er janvier 2023, le premier seuil maximal de consommation d’énergie finale d’un logement, fixé à 450 kWh/m2 pour la France métropolitaine, entrait en vigueur. Et avec lui son lot d’aides et de niches fiscales pour encourager les rénovations. Résultat : la mécanique s’est enclenchée. 

Mais 5 millions de résidences françaises sont encore des « passoires thermiques », c’est-à-dire classées F et G lors des DPE (Diagnostic de Performance Énergétique). Or, le calendrier de la loi prévoit l’interdiction de mise en location des logements notés G au 1er janvier 2025, des logements classés F en 2028, et des logements classés E en 2034, pour la France métropolitaine. Et pour parvenir à cet objectif, certaines régions vont devoir cavaler plus que d’autres.

Car à y regarder de plus près, on s’aperçoit que les logements les plus gourmands en énergie se concentrent aux mêmes endroits : la région parisienne, le centre de la France, et près des Alpes. Ainsi, dans la Creuse et le Cantal, plus de la moitié de logements sont des passoires thermiques, tout comme 42 % des résidences parisiennes, et 39 % de celles situées dans les Alpes-de-Haute-Provence. Avec de fortes disparités au sein même de ces départements. Car, dans les régions montagneuses, les stations de sports d’hiver sont particulièrement touchées, tandis qu’en Île-de-France, c’est Paris et sa banlieue proche qui font figures de mauvais élèves.

Des explications variées selon les régions

Si les stations de ski sont dans le viseur, c’est notamment parce que leurs logements sont très gourmands en chauffage, et avec des systèmes souvent obsolètes. Dans certaines villes où les logements sont peu rénovés et réservés à la location saisonnière, les pourcentages de DPE classés F ou G peuvent atteindre 70 % du parc immobilier. De quoi inquiéter les élus locaux, qui craignent que les interdictions de location mettent en péril l’équilibre économique de la région. 

Dans les zones plus rurales, qui se sont adjugées le podium (Creuse, Cantal et Lozère ont les pourcentages les plus hauts), c’est le chauffage au fioul, extrêmement énergivore, qui plombe les DPE. Normal, puisque c’est l’un des critères les plus importants. Ainsi, 51,1 % des logements au fioul sont classés G ou F, contre seulement 17,7 % pour l’électricité, 9,1 % pour le gaz et 4 % pour le bois. En région parisienne, c’est la part élevée de copropriétés, qui sont plus difficiles à rénover, qui fait grimper le nombre de biens classés passoires thermiques. D’ailleurs, en zoomant sur les données, on note que 9 des 10 villes les plus touchées dans le pays sont situées en Île-de-France.

Comment avoir un logement moins énergivore ?

Ces rénovations, au-delà de leur nécessité en réaction à la loi pour éviter une compression du marché locatif ou la mise en péril des équilibres économiques de certaines régions, sont primordiales dans le cadre de la transition écologique. Pour l’ADEME, « c’est un chantier ambitieux mais nécessaire pour pallier l’urgence de la dépense énergétique du bâtiment et atteindre les objectifs de neutralité carbone fixés à 2050 »

Le gouvernement l’a bien compris en élargissant encore les aides financières pour les propriétaires, même si elles restent parfois contestées, notamment pour leur manque de clarté et d’accessibilité. Reste qu’en théorie, le coût des travaux peut largement être financé par l’État. Une maison de 150m2 classée G qui voudrait isoler ses combles et ses murs par l’extérieur, et remplacer sa chaudière par une pompe à chaleur, gagnant ainsi cinq classes énergie pour être classée B, verrait sa note passer de 40 000 à 20 000 euros grâce aux aides, lesquelles devraient encore augmenter en 2024.

Bien sûr, comme le rappelle l’ADEME« chaque rénovation est un cas particulier ». « Les interventions efficaces ne seront pas forcément les mêmes, en fonction du type de bâtiment (construction ancienne, bâtiment des années 60…), de sa configuration (bâtiment de plain-pied ou à étage, compact ou non…), de sa structure (pierre, brique, bois…) ou de la zone climatique dans laquelle il est situé (zone méditerranéenne, montagnarde, atlantique…). » Pour autant, certaines étapes peuvent souvent être considérées comme prioritaires, notamment l’isolation (30 % de la chaleur s’échappe par le toit, 15 % par les fenêtres) et le chauffage.

Enfin, l’ADEME conseille également d’intégrer dans les réflexions des leviers beaucoup plus larges pour limiter l’impact de notre logement, en prenant en considération, par exemple, « sa distance entre le travail, les écoles, les commerces et services, les transports en commun… ». Un moyen de limiter une consommation excessive lors de nos déplacements. On peut également examiner son implantation, certaines configurations pouvant le rendre moins gourmand en énergie. « Ce peut être le cas pour une implantation à mi-pente (à l’abri du vent et au-dessus d’un fond de vallée plus frais), ou en position semi-enterrée. »  Un logement bien organisé peut aussi contribuer à réduire nos besoins en énergie. « S’il est compact, s’il dispose d’espaces tampons entre les façades majoritairement exposées au nord et les pièces chauffées, s’il dispose d’espaces de vie ouverts au sud, les déperditions seront limitées et le logement plus agréable à vivre. » Enfin, l’Agence de la transition écologique rappelle qu’à surface égale, « un appartement est moins gourmand en énergie qu’une maison individuelle : sa surface en contact avec l’extérieur est moins importante et sa compacité souvent plus grande ».

Autant d’éléments qui peuvent permettre d’améliorer sensiblement l’impact énergétique de notre logement. Un levier important, puisque le parc résidentiel représente 20 % des émissions de gaz à effet de serre en France, soit la deuxième source d’émission du pays après les transports (30 %) et devant l’agriculture (19 %).

A lire aussi :

Le calendrier des passoires thermiques reste inchangé, mais des dérogations seront possibles, selon Agnès Pannier-Runacher

Les bons réflexes pour isoler son logement durablement

William Buzy

Écrivain et journaliste, William Buzy a fondé le média Impact(s), spécialisé dans la journalisme de solutions, et fait partie d’un collectif adepte du journalisme littéraire et du documentaire. Auteur de plusieurs romans, il a également publié des récits et des essais sur le journalisme.

Voir les publications de l'auteur