Pays-Bas : la fermeture du plus grand gisement de gaz d’Europe soulage les riverains

Par La rédaction de Deklic , le 2 octobre 2023 — transition écologique - 5 minutes de lecture
L'une des locations d'extraction de gaz, à Groningen, Pays-Bas

L’une des locations d’extraction de gaz, à Groningen, Pays-Bas, Crédit : ANP JEROEN JUMELET/ANP via AFP

L’exploitation du plus grand gisement de gaz d’Europe situé à Groningue, au Pays Bas, a pris fin le 1eroctobre 2023. 

Les riverains du plus grand gisement de gaz d’Europe, secoués par des décennies de séismes dus à son exploitation, sont soulagés par la fermeture annoncée de ses vannes, même si les experts avertissent que les tremblements pourraient les hanter encore pendant des années. L’exploitation du sol dans le nord des Pays-Bas, qui a débuté en 1963, s’est achevée le 1er octobre, mais les autorités maintiendront les robinets ouverts pendant un an supplémentaire en cas d’hiver « très rigoureux ».

« Nous sommes très soulagés que cela touche maintenant à sa fin », a confié à l’AFP Jan Wigboldus, président du Conseil du gaz de Groningue, une association locale qui milite pour les victimes des tremblements de terre et la réhabilitation de la région sinistrée.« Énormément de personnes dans la province souffrent de problèmes psychologiques à cause de l’extraction du gaz », a-t-il ajouté.

La continuité des séismes

Depuis 1986, les habitants de la région ont subi une série de séismes dus aux poches de vide formées lors de l’extraction de gaz. Après s’être réjouis de la fermeture annoncée du gisement annoncée pour 2030 en 2018, et avancée à 2022 deux ans plus tard, ces riverains ont déchanté face aux avertissements d’experts sur la continuité des séismes, auxquels s’est ajouté un bourbier juridique et technique relatif aux indemnisations. 

Et si l’extraction de gaz a été presque réduite à néant au cours des dernières années, La Haye a décidé en 2022 de maintenir le site opérationnel en raison des incertitudes énergétiques mondiales en grande partie provoquées par l’invasion de l’Ukraine par la Russie. 

Après la parution en février d’un rapport d’une commission parlementaire dénonçant de graves manquements des autorités sur ce dossier, le gouvernement de Mark Rutte a décidé en juin de mettre complètement fin à la production. Mais en raison de la situation géopolitique, onze dernières unités d’extraction resteront opérationnelles une année supplémentaire. Depuis plusieurs mois, des montagnes de débris de pipelines sont visibles sur les terrains d’anciennes stations d’extraction, déjà démantelées ou en cours de démantèlement.

« Énorme choc »

Gerrie Schotman, habitante de Woltersum touchée par les séismes, vit depuis 17 ans dans une maison en briques de la fin du 19ème siècle, typique de la région. Face à l’ampleur des dégâts et au nombre de fissures dans cette bâtisse, cette mère de famille âgée de 50 ans raconte qu’elle n’a pas d’autre choix que de la faire démolir. « Une maison, c’est plus qu’un tas de murs, c’est aussi l’endroit de nombreux souvenirs (…), cela me fait du mal et c’est tout un processus de deuil qui est en cours », raconte-t-elle. Le souvenir de certains séismes est encore vif. « J’ai déjà eu l’impression qu’un train fonçait sur la maison, une fois, nous avons été réveillés par un énorme choc, suivis de forts tremblements et de terribles bruits », ajoute-t-elle.

Si le tremblement de terre le plus intense jamais enregistré dans la région n’est que d’une magnitude de 3,6 sur l’échelle de Richter, de nombreux riverains considèrent qu’elle ne mesure en rien la réelle intensité des secousses. « Les tremblements de terre ont lieu à une profondeur de seulement trois kilomètres. Les séismes naturels, eux, se déroulent en général à une profondeur bien plus importante », a expliqué à l’AFP Läslo Evers, professeur en sismologie à l’Université de technologie de Delft. De plus, le sol mou de la région ne fournit que peu de « tampon » entre l’endroit d’origine du séisme et la surface, ce qui contribue également à davantage de dégâts, ajoute-t-il. En outre, malgré la fin de l’extraction du gaz, il est difficile de dire quand ces séismes prendront fin, prévient-il.

Ces dernières années, de nombreuses maisons de la région de Groningue ont été restaurées ou reconstruites, en y intégrant des structures antisismiques. « Il faut du temps pour que le réservoir de gaz se réajuste et retrouve son équilibre avec la surface environnante », selon Monsieur Evers. Il a fallu 30 ans d’exploitation pour accumuler la pression, souligne-t-il. « Alors, bien sûr, logiquement, on ne s’attend pas à ce que lorsque vous arrêtez (…) les séismes s’arrêtent immédiatement. »

(Avec AFP)

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