Salon de l’agriculture : l’attitude de l’exécutif inquiète les écologistes

Par Gaëlle Coudert , le 27 février 2024 — transition écologique - 5 minutes de lecture
Emmanuel Macron

Emmanuel Macron, au salon de l’agriculture, le 24 février 2024, Crédit photo : Laure Boyer/Hans Lucas via AFP

Le point sur le démarrage chaotique du Salon de l’agriculture 2024 et la réponse de l’exécutif qui ne met toujours pas l’écologie au centre des débats.

 Un « grand débat » annulé, une ouverture retardée en raison de heurts entre les agriculteurs et les forces de l’ordre, un accueil tout sauf chaleureux pour le Président de la République… L’ouverture, cette année, du Salon International de l’Agriculture, le 24 février, à Paris, ne s’est pas faite en douceur. La colère demeure parmi les rangs des agriculteurs, tandis que l’exécutif semble continuer à esquisser des propositions au détriment de l’environnement ou de ses défenseurs.

Les Soulèvements de la Terre sur le banc de touche

Le grand débat imaginé par Macron en ce début de salon de l’agriculture, réunissant agriculteurs, industriels, acteurs de la grande distribution et ONG écologistes n’a pas eu lieu. La FNSEA, syndicat agricole majoritaire a, en effet, annoncé son refus d’y participer dès le 22 février. La raison invoquée : la présence possible des Soulèvements de la Terre, qui auraient été conviés par l’Élysée à se joindre au débat. Une « provocation inacceptable », selon Arnaud Rousseau, le président de la FNSEA. « Je démens totalement cette information. Totalement. Je n’ai jamais songé initier une telle invitation, a pourtant répondu Emmanuel Macron. Et vous parlez au président de la République qui a assumé de faire passer en Conseil des ministres la dissolution des Soulèvement de la Terre », a ajouté le Président de la République samedi 24 février, s’adressant à des journalistes. 

De son côté, les Soulèvements de la Terre, collectif qui combat entre autres l’agriculture intensive, très actif lors des actions organisées pour protester contre les mégabassines, a affirmé que des membres des cabinets ministériels avaient bien cherché à les contacter en vue de ce « grand débat ». Information confirmée par ailleurs, notamment par la patronne des Écologistes, Marine Tondelier, qui a affirmé que « plusieurs cadres écologistes ont été sollicités par des cabinets ministériels pour avoir des contacts chez les Soulèvements de la Terre ».

Si le caractère « officiel » ou non de l’invitation, dont la mention a été qualifiée ensuite d’ « erreur » ,peut se discuter, il reste que le Président a sans conteste minimisé, voire diabolisé l’action du collectif écologiste. Rappelons cependant que la dissolution des Soulèvements de la Terre voulue par l’exécutif a été retoquée et annulée par le Conseil d’État, qui avait souligné que toute « mesure de dissolution porte une atteinte grave à la liberté d’association, principe fondamental reconnu par les lois de la République ».

Avancer « à fond la caisse » sur la simplification des normes

Si le grand débat esquissé par l’exécutif n’a pas eu lieu, Emmanuel Macron a tout de même lancé un débat informel samedi matin avec les personnes présentes, invitées par les syndicats, avant l’ouverture du salon. Il a promis avancer « à fond la caisse » sur la simplification des normes.

Allègement des normes environnementales, rétropédalage en matière de lutte contre les pesticides, assouplissement des règles concernant les jachères… Les annonces déjà faites ont déjà été décriées par les écologistes, mais aussi par certains scientifiques.

Dans une tribune publiée le 26 février 2024 dans Le Monde, 1000 scientifiques dénoncent « les récentes décisions de l’exécutif pour mettre fin à la mobilisation des agriculteurs » qui « représentent des reculs manifestes dans la lutte contre la dégradation environnementale et pour la préservation de ses fonctions écologiques ». Devant tant d’oppositions et face à des sujets touchant à l’avenir de la planète, faut-il vraiment « avancer à fond la caisse » ?

Répondant encore aux demandes de la FNSEA, le chef de l’État a répété samedi vouloir éviter qu’un pesticide soit interdit en France avant le reste de l’Union européenne, pour ne pas créer de distorsions de concurrence. Pour cela, le président veut que l’Anses, mandatée depuis 2015 pour évaluer les pesticides et autoriser ou non leur mise sur le marché, prenne ses décisions en fonction du calendrier européen. Pourtant, les décisions de l’Anses doivent normalement s’imposer à l’administration. C’est ainsi que ces dernières années, plusieurs pesticides, comme l’herbicide S-métolachlore ou certains néonicotinoïdes, ont été interdits en France alors qu’ils restaient autorisés chez ses voisins européens.

Ce lundi 26 février, Emmanuel Macron a demandé à plusieurs ministres réunis pour le suivi de la crise agricole une « mobilisation totale » pour « renforcer » le secteur sans relâcher les « efforts environnementaux » notamment « en tenant nos objectifs de réduction des produits phytosanitaires ». Espérons que ces objectifs resteront ambitieux et que les « efforts environnementaux » ne seront pas revus à la baisse à nouveau.

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Gaëlle Coudert

Ancienne avocate parisienne reconvertie en journaliste basée dans les Pyrénées-Atlantiques, Gaëlle s’est spécialisée sur les sujets liés à l'écologie. Elle a cofondé le magazine basque Horizon(s), a été rédactrice en chef d'ID, l’Info Durable et rédige aujourd’hui des articles pour divers médias engagés dont Deklic. Ses passions : le sport (surf, yoga, randonnée) et la musique (guitariste et chanteuse du groupe Txango)

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