Comprendre : les impacts de l’industrie textile sur la planète

Par Gaëlle Coudert , le 1 septembre 2023 — transition écologique - 5 minutes de lecture
Industrie du textile

Crédit : Artificial Photography/Unsplash

Symbole d’une industrie de la mode aux coûts environnementaux et sociaux désastreux, l’ultra-fast fashion a pourtant ses adeptes. On fait le point sur les impacts de cette industrie particulièrement polluante.

Il y a quelques mois, la marque chinoise « Shein », leader de l’« ultra-fast fashion » était dans le viseur d’un grand nombre de défenseurs de l’environnement. Le dernier déclencheur : la file d’attente interminable devant sa boutique éphémère ouverte à Paris au printemps 2023, témoin de l’engouement persistant d’une partie du public pour ce modèle. 

De la fast fashion à l’ultra-fast fashion

On parle ici d’ultra-fast fashion du fait du nombre colossal de modèles et de collections mis sur le marché chaque année, à des prix particulièrement bas. Une tendance qui a démarré autour des années 2010, et qui va un pas plus loin que celle lancée par les précurseurs, les pionniers de la fast fashion, tels que H&M qui se « contentaient » dans les années 2000 de sortir une nouvelle collection par semaine. Selon un rapport de l’ONG Les Amis de la Terre, au mois de mai 2023, Shein a mis sur le marché en moyenne plus de 7200 nouveaux modèles par jour. Les modèles étant en ligne pendant environ 65 jours, l’ONG a estimé que plus de 470 000 modèles sont disponibles en temps réel. Cette production massive a forcément des impacts sociaux et environnementaux non négligeables, souligne l’ONG. Dans ce rapport, l’impact carbone journalier de Shein est évalué à 15 000 ou 20 000 tonnes de CO2 pour la seule production des nouveaux modèles.

En effet, l’industrie de la mode est une des industries les plus polluantes de la planète, rappelle l’Ademe. L’industrie textile (vêtements et chaussures) émet en effet 4 milliards de tonnes d’équivalent CO2 par an, soit plus que l’impact des vols internationaux et du trafic maritime réunis. Si les tendances se poursuivent, le secteur textile pourrait émettre jusqu’à 26 % des émissions globales de gaz à effet de serre d’ici 2050.

Impacts sur toute la chaine de production 

Les impacts, nombreux, commencent dès la production de la matière qui va constituer nos vêtements : 

🧵 le coton, qui représente un quart de la production mondiale de fibres. Sa culture est particulièrement gourmande en eau. Produire un T-shirt nécessiterait ainsi l’équivalent de 70 douches d’eau. De plus, il s’agit de la culture la plus gourmande en pesticides au monde.

👕 les fibres synthétiques, dont le polyester, étant précisé que 70 % des fibres synthétiques produites dans le monde proviennent du pétrole, ressource fossile limitée.

🎋 La viscose et le lyocelle, fibres artificielles dérivées de ressources naturelles, telles que le maïs, l’eucalyptus ou le bambou. Leur fabrication a tout de même des impacts sur l’environnement, dans la mesure où elle implique l’utilisation de produits chimiques très toxiques, tels que l’hydroxyde de sodium, l’acide sulfurique et le disulfure de carbone.

🧶 La laine et autres matières animales, avec derrière la production, parfois un élevage intensif.

L’étape suivante est celle de la fabrication. Et qui dit vêtement à bas coût dit production à bas coût : dans des sites de productions éloignés tels que le Pakistan ou le Bangladesh, où la main d’œuvre et les autres coûts de production sont bien moins élevés. Le coût social (des travailleurs parfois exploités) et environnemental (des milliers de kilomètres séparent les usines du consommateur final) est non négligeable.

En 2022, en France 3,3 milliards de vêtements ont été mis sur le marché en France, soit plus de 48 vêtements par habitant (contre 36 vêtements par habitant en 2013), selon le rapport de Refashion de 2022

Quelles solutions ?

Acheter moins certes, même si ce n’est pas simple dans une société où la fin d’une mode éphémère signe la fin de vie de nombreuses pièces des placards des « modeurs » et des « modeuses ». On peut aussi privilégier les vêtements d’occasion, pour leur donner une seconde vie. Et si l’on doit acheter du neuf, quelques conseils peuvent être suivis : privilégier les vêtements faits de matières plus respectueuses de l’environnement, tels que le chanvre ou le lin (moins gourmands en eau et en engrais), le coton biologique, ou les matières recyclées et se fier à certains labels (entre autres Ecocert Textile, GOTS, l’Écolabel Européen ou Demeter). Dernier conseil : bien entretenir ses vêtements pour les garder plus longtemps, en les lavant moins souvent, toujours à 30°C et en les réparant quand ils comment à perdre de leur superbe ! 

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Gaëlle Coudert

Ancienne avocate parisienne reconvertie en journaliste basée dans les Pyrénées-Atlantiques, Gaëlle s’est spécialisée sur les sujets liés à l'écologie. Elle a cofondé le magazine basque Horizon(s), a été rédactrice en chef d'ID, l’Info Durable et rédige aujourd’hui des articles pour divers médias engagés dont Deklic. Ses passions : le sport (surf, yoga, randonnée) et la musique (guitariste et chanteuse du groupe Txango)

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